Concentration vs diversification : comprendre ce qui crée réellement la performance
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Dans cet article, je vais maintenant aborder un sujet central pour tout investisseur qui cherche à construire et faire croître son patrimoine sur le long terme : la question de la concentration et de la diversification, et l’impact réel de ces choix sur la performance et le risque.
La diversification est l’un des concepts les plus répétés en finance. Elle est souvent présentée comme une règle universelle, presque intangible, que tout investisseur devrait appliquer sans discussion. Pourtant, lorsqu’on observe les portefeuilles qui ont réellement surperformé sur le long terme, une réalité moins intuitive apparaît : la performance ne vient presque jamais d’une diversification excessive.
Ce paradoxe mérite d’être exploré, car il touche au cœur même de la création de valeur en bourse.
La citation de Warren Buffett et ce qu’elle signifie vraiment
Warren Buffett a résumé cette idée de manière très directe :
“Diversification is protection against ignorance. It makes little sense if you know what you are doing.”
(Source : Annual Meeting Berkshire Hathaway, années 1990)
Cette phrase est souvent mal interprétée, car sortie de son contexte. Buffett ne condamne pas la diversification en tant que telle. Il met en lumière ce qu’elle révèle parfois : une absence de compréhension réelle des investissements détenus. Lorsque l’on ne maîtrise ni les modèles économiques, ni les risques, ni les dynamiques concurrentielles des entreprises en portefeuille, la diversification devient un mécanisme de défense. Elle réduit l’impact d’une erreur individuelle, mais elle masque aussi un déficit d’analyse.
Dans cette configuration, multiplier les positions permet effectivement de diluer le risque… mais aussi la responsabilité intellectuelle. L’investisseur ne sait plus précisément pourquoi il détient tel ou tel actif. Les décisions deviennent statistiques plutôt que réfléchies. Le portefeuille fonctionne, mais sans véritable conviction, ni avantage informationnel.
À l’inverse, lorsque l’investisseur comprend en profondeur une entreprise sa capacité à générer des flux de trésorerie, la durabilité de ses avantages concurrentiels, la qualité de son management et ses moteurs de croissance à long terme la concentration change de nature. Elle n’est plus un pari émotionnel ou spéculatif, mais une allocation rationnelle du capital vers les opportunités les plus asymétriques.
Buffett lui-même n’a jamais prôné une concentration extrême et irréfléchie. Berkshire Hathaway est concentrée, mais uniquement sur des entreprises que le groupe comprend intimement et qu’il est prêt à détenir pendant des décennies. Cette concentration s’accompagne d’un niveau d’exigence analytique et de discipline que peu d’investisseurs sont prêts à assumer.
Le message central n’est donc pas « diversifier ou concentrer », mais comprendre ce que l’on possède. La diversification est pertinente lorsqu’elle protège contre l’incertitude et les limites de connaissance. La concentration devient pertinente lorsque la compréhension est profonde, le cadre d’analyse solide et l’horizon de temps suffisamment long.
En investissement, la véritable prise de risque n’est pas la concentration en elle-même. C’est d’investir sans savoir précisément pourquoi l’on détient un actif, ni ce qui pourrait invalider la thèse. Buffett rappelle ainsi que la structure du portefeuille doit être la conséquence du niveau de compréhension, et non un substitut à celle-ci.
Pourquoi trop diversifier peut nuire à la performance
De nombreuses études académiques montrent que la majorité de la performance boursière est générée par une minorité de titres.
Une étude célèbre de Hendrik Bessembinder montre que, sur le long terme, une faible proportion d’actions explique l’essentiel de la création de richesse sur les marchés actions (Bessembinder, “Do Stocks Outperform Treasury Bills?”, Journal of Financial Economics, 2018)
Cela implique une conséquence simple mais souvent ignorée :
plus un portefeuille contient de lignes, plus il se rapproche mécaniquement de la performance moyenne du marché.
Un portefeuille composé de trente ou quarante actions très diversifiées aura statistiquement du mal à surperformer un indice, car les très fortes gagnantes seront diluées par des positions moyennes ou médiocres. La diversification protège contre les erreurs majeures, mais elle réduit aussi l’impact des bonnes décisions.
La concentration comme moteur de croissance du patrimoine
La concentration n’est pas une stratégie de confort. Elle implique une volatilité plus élevée, des phases de sous-performance temporaires et une forte exposition psychologique. Mais elle est souvent indispensable lorsqu’un investisseur cherche avant tout la croissance du capital.
Dans la pratique, les portefeuilles orientés croissance reposent rarement sur dix ou quinze convictions équivalentes. Ils sont généralement structurés autour de quelques positions dominantes, celles pour lesquelles la conviction est la plus forte et le potentiel asymétrique le plus intéressant.
Ce n’est pas une approche réservée aux investisseurs institutionnels. Elle est largement utilisée par de nombreux investisseurs individuels expérimentés, mais aussi par des fonds concentrés qui assument une tracking error élevée par rapport aux indices.
Face à un objectif de croissance du patrimoine, la concentration peut, dans certains cas, s’avérer plus efficace que la diversification excessive. Se concentrer sur un nombre limité d’actifs permet d’exposer davantage le portefeuille à des entreprises réellement créatrices de valeur, souvent positionnées sur des tendances structurelles de long terme et capables de faire croître leurs revenus, leurs marges et leurs flux de trésorerie de manière significative.
Cette approche implique toutefois une acceptation consciente d’un risque plus élevé, parfois asymétrique. La volatilité peut être plus marquée, les phases de drawdown plus inconfortables, mais le potentiel de création de valeur est également plus important. C’est précisément cette asymétrie qui permet, lorsque la thèse est juste, d’accélérer la croissance du portefeuille bien plus rapidement que dans une allocation trop diluée.
À l’inverse, une diversification excessive donne souvent l’illusion d’une meilleure protection. En réalité, elle protège davantage le mental de l’investisseur que le capital lui-même. Multiplier les lignes pour “réduire le risque” conduit fréquemment à lisser la performance vers celle du marché, sans véritable moteur de surperformance. Le portefeuille devient alors plus stable émotionnellement, mais aussi moins dynamique financièrement.
Cela ne signifie pas que la diversification soit inutile. Elle reste essentielle pour préserver un patrimoine déjà constitué et réduire la volatilité globale. Mais lorsqu’il s’agit de construire et faire croître un capital, la concentration réfléchie sur quelques actifs de qualité, bien compris et suivis dans le temps, peut s’avérer être un levier bien plus puissant que la dispersion systématique.
Diversification et réduction de la volatilité
La diversification conserve toutefois un rôle essentiel. Elle permet de réduire la volatilité globale du portefeuille, d’amortir les chocs macroéconomiques et d’éviter une dépendance excessive à un seul scénario.
Il est cependant fondamental de comprendre que la diversification ne se limite pas au nombre de lignes détenues. Elle s’exprime aussi à travers les secteurs d’activité, les zones géographiques et les moteurs économiques sous-jacents.
Un portefeuille peut contenir vingt actions et rester peu diversifié s’il est exposé à un seul thème ou à une seule région. À l’inverse, un portefeuille plus concentré peut être structurellement diversifié s’il combine des entreprises opérant sur des cycles, des marchés et des dynamiques différentes.
La diversification peut se matérialiser selon plusieurs aspects et au delà des exemples cités. (Taille de capitalisation, classe d’actif, zones géographiques, sectorielles, devise…).
Concentration et diversification ne sont pas opposées
Opposer concentration et diversification est une simplification excessive qui conduit souvent à de mauvaises décisions d’investissement. Ces deux approches ne sont ni incompatibles ni antagonistes : elles remplissent des fonctions différentes dans la construction d’un patrimoine.
La concentration est avant tout un levier de performance. Elle repose sur l’idée que la création de valeur significative provient d’un nombre limité de décisions réellement différenciantes. Lorsqu’un investisseur identifie une entreprise de grande qualité, durablement rentable et sous-évaluée, concentrer son capital permet de maximiser l’impact de cette analyse sur la performance globale du portefeuille. C’est l’approche privilégiée par ceux qui disposent du temps, des compétences et de la discipline nécessaires pour comprendre en profondeur les modèles économiques et accepter une volatilité parfois importante. La contrepartie est claire : une erreur d’analyse ou un événement imprévu peut avoir des conséquences disproportionnées.
La diversification, à l’inverse, n’a pas pour objectif principal de battre le marché, mais de réduire les risques. Elle protège le capital contre les scénarios extrêmes, les biais cognitifs et l’incertitude inhérente aux marchés. En répartissant les investissements entre plusieurs actifs, secteurs ou zones géographiques, l’investisseur accepte une performance potentiellement moins spectaculaire, mais gagne en résilience. C’est une approche rationnelle pour ceux qui ne souhaitent pas dépendre fortement de quelques paris ou qui reconnaissent les limites de leur capacité d’analyse.
L’erreur consiste à croire qu’il faudrait choisir entre l’une ou l’autre. En réalité, un portefeuille peut être structurellement diversifié tout en étant tactiquement concentré. Par exemple, un socle diversifié d’actifs solides peut coexister avec quelques positions plus concentrées sur des convictions fortes. De même, la concentration peut être pertinente à long terme sur des entreprises de très grande qualité, tandis que la diversification joue un rôle clé pour gérer les cycles économiques et les imprévus.
Le véritable enjeu n’est donc pas la concentration ou la diversification en soi, mais la cohérence entre la structure du portefeuille et le profil de l’investisseur. Horizon de temps, tolérance au risque, stabilité des revenus, expérience et capacité émotionnelle à supporter la volatilité sont des paramètres déterminants. Un investisseur concentré sans conviction solide prend un risque inutile. Un investisseur excessivement diversifié sans objectif clair dilue ses décisions et sa performance.
En matière d’investissement, il n’existe pas de solution universelle. Concentration et diversification sont des outils, pas des idéologies. Les comprendre, les doser intelligemment et savoir pourquoi on les utilise est bien plus important que de chercher à défendre un camp.
Conclusion
La diversification est avant tout une stratégie de protection. Elle vise à préserver le capital, à limiter les erreurs irréversibles et à offrir une trajectoire plus stable dans un environnement incertain. Elle répond à un besoin de sécurité et de continuité, particulièrement pertinent lorsque le temps, l’information ou la capacité d’analyse sont limités.
La concentration, elle, est une stratégie de conviction. Elle suppose un travail d’analyse approfondi, une compréhension fine des risques et une acceptation consciente de la volatilité. C’est dans cette approche que se jouent les écarts de performance significatifs sur le long terme. Les grandes réussites boursières ne proviennent pas d’une dispersion excessive du capital, mais de quelques décisions structurantes, maintenues dans le temps avec discipline.
La performance durable n’est ni le fruit du hasard, ni celui d’une activité frénétique. Elle résulte d’une capacité à identifier des opportunités rares, à leur allouer un poids suffisant et à résister aux fluctuations de court terme. Cela implique patience, rigueur et une gestion émotionnelle souvent plus exigeante que la technique elle-même.
Comprendre la différence entre protéger et créer est une étape essentielle dans le parcours de l’investisseur. Passer d’un portefeuille purement défensif à une véritable stratégie de création de richesse ne signifie pas abandonner la prudence, mais savoir quand et pourquoi prendre des risques concentrés. C’est dans cet équilibre réfléchi que se construit, sur le long terme, un patrimoine réellement performant.
Disclaimer
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